Jean-Yves Lallemand
- Chimie
Élu correspondant le 15 avril 1996, puis membre le 24 novembre 1997
Section : Chimie
- Chimie
Biographie
Jean-Yves Lallemand est né le 27 février 1943. Il a été élu membre de l’Académie des Sciences en 1997.
Son adolescence s’écoula à Bordeaux et très jeune, il découvrit dans la bibliothèque de son grand-père, physique, chimie, géologie, astronomie, biologie puis se passionna pour l’électronique. En 1962 il entre à l’École Polytechnique (X). Ce fut un changement brutal ! Provincial, il ne connaissait personne et heureusement, il y avait le « Binet Radio », petit atelier d’électronique où il put passer son temps libre à se perfectionner en construisant amplis, haute-fidélité à lampes et à transistors, téléviseurs….
A la sortie de l’École, faire de la recherche s’imposait à lui mais dans quel domaine : Physique ou Chimie ? Il choisit de faire une thèse Chimie avec le Pr. Marc Julia. Ce seront quatre années de vraie chimie de synthèse à l’Institut Pasteur puis à l’ENSCP sur des composés neuroleptiques voisins de la sérotonine et du LSD.
Il rentre au CNRS en 1966 et se marie avec Annick Méar, littéraire, qui avait intégré l‘ENS Sèvres en 1962 aussi.
Cependant la physique n’était pas loin et l’attrait des spectromètres de résonance magnétique nucléaire (RMN) où l’on fait tourner les « spins », cette propriété quantique du noyau de certains éléments (1H) 13C… ou de leurs isotopes : Azote N15 (15N), très utile pour étudier la structure d’une molécule très complexe, allait lui permettre de publier un de ses premiers articles. D’autres allaient suivre lors de son stage postdoctoral au California Institue of Technology (CalTech, Pasadena, 1970-1971) avec les premières études de produits naturels complexes par RMN 13C dans le laboratoire du Pr. John D. Roberts. Ce fut aussi pour lui l’occasion de reprendre le fer à souder et d’implanter dans le spectromètre qu’il utilisait, une nouvelle électronique d’excitation des spins par des impulsions radiofréquence suivie d’un traitement digital du signal et transformation de Fourrier. Le gain de sensibilité fut très important en temps d’expérience, c’était considérable, et la modification fut conservée et améliorée après son départ.
Il fit alors un court séjour à l’Université de Bordeaux consacré à la chimie de synthèse organique. En 1972, Marc Julia lui proposa de revenir comme équipe indépendante rattachée à son laboratoire à l’ENS pour implanter un service en RMN, ce qu’il accepta.
Entre temps, il avait pu prendre des contacts avec des laboratoires pharmaceutiques et une équipe de l’INRA intéressés la détermination de structure de nouvelles molécules. Principalement antibiotiques et phéromones d’insectes dont celle de la chenille processionnaire du pin maritime. C’est avec seulement 3,5µg d’extrait provenant de 2500 femelles qu’il révéla la structure avec un motif structural inconnu alors chez les phéromones d’insectes : une triple liaison. La synthèse totale fut réalisée et la confirma définitivement.
En 1981, Jean-Yves Lallemand obtint un poste de chargé de cours à l’École Polytechnique et en 1983, le Pr. Marcel Fétizon lui proposait à d’installer son activité de synthèse dans son laboratoire ce qu’il fit progressivement, abandonnant l’ENS. Un peu plus tard, Pierre Potier, directeur adjoint de l’Institut de Chimie des Substances Naturelles lui demanda devenir à Gif pour prendre en main l’activité RMN qui périclitait.
En 1985, il se trouvait partagé entre deux sites l’X et l’ICSN : les financements étaient là, les recrutements et les résultats allaient venir :
Développement de nouvelles méthodes en RMN : haute résolution, mono et multidimensionnelle (première publication d’une expérience HSQC). Nouvelles stratégies d’extraction de l’information et de traitement du signal en RMN (sur-échantillonnage, J-filtering, « entropie maximum »). Développement de la RMN hétéro-nucléaire 205Tl, 29SI, 195Pt, structures de composés organométalliques Développement de la RMN in vivo sur des souris et des rats avec construction de sondes (1985). Métabolisme du phosphore chez des végétaux sous contrainte. Structure de la lignine partiellement marquée 13C Résolution de structures d’oligonucléotides et première structure de fixation du cisplatine sur deux guanines adjacentes d’un décamère en double brin. Distorsion de la géométrie favorisant l’ouverture du double brin; hypothèses sur l’action du cisplatine comme anti-cancéreux. Structures de protéines par RMN à 600 ou 800 Mhz. Production de protéines marquées avec des isotope de l’azote 15 (15N) ou 13C et établissement des structures tri-dimensionnelles en solution par modélisation moléculaire d’une dizaine d’entre elles jusqu’à ~250 acides aminés. Étude de protéines impliquées dans la multirésistance (MDR , MRP) et de CFTR, transporteur membranaire dont les mutations sont responsables de la Mucoviscidose (collaboration Hôpital Necker). Première détermination la longueur du domaine NBF1 de CFTR porteur la mutation principale sur la base de reconstruction tridimensionnelle in silico, hypothèse du rôle essentiel de transporteur du glutathion par CFTR et proposition de compenser la défaillance de CFRT mutée par l’activation par des molécules anti-cancéreuses, de l’expression de transporteurs voisins de CFTR. Essais cliniques de phase II utilisant la colchicine (75 malades), résultats encourageants mais nécessitant le recrutement d’une cohorte de 350 malades.
Synthèse organique : Synthèse d’une dizaine de phéromones d’insectes et de composés antiappétants pour la lute biologique contre les insectes prédateurs : Polygodial (première synthèse totale) et de la Clérodine. Construction rapide du squelette de la Forkoline et synthèse totale formelle. Découverte et synthèse de la Calistégine à squelette tropane Travaux analogues sur le Taxol, le Vinigrol et de l’acide Zaragosique.
En 1989, il prend la succession du Pr. M. Fétizon qui prend sa retraite. Il est nommé Professeur à l’X et il dirige le laboratoire. En 2000, il est nommé directeur de l’Institut de Chimie des Substances Naturelles (ICSN) succédant à Pierre Potier. Il trouve là, une situation exceptionnelle : les brevets de Pierre Potier sur deux anticancéreux le Taxotère et la Navelbine qui commençaient à être exploités et allaient rapporter à l’ICSN des sommes considérables (10 à 15 M€/an). Il a pu ainsi moderniser l’ICSN et l’équiper des équipements scientifiques les plus performants, soutenir des projets d’aménagement du campus, de financer une ligne de lumière à l’accélérateur SOLEIL, de financer une partie du réseau fibre optique du plateau de Saclay, et de soutenir de nombreuses collaborations.
Quittant les activités purement scientifiques, il faut mentionner plusieurs autres réalisations exceptionnelles de Jean-Yves Lallemand :
1996 : Sur la demande du ministre de la défense, reprise de la création d’une antenne du département recherche de l’X sur le site de l’Université Bordeaux I pour la chimie et la biologie : création de l’Institut européen de Chimie et Biologie (IECB) de ~ 6500 m2. Ouvert en 2000 avec un conseil scientifique international évaluant les recrutements et la recherche. Si le CNRS n’a pas souhaité y participer, l’INSERM et les Université de Bordeaux I et II (SDV et médecine) s’y sont associées. Bien équipé, il a accueilli 150 personnes.
2006 : Sur le site du campus CNRS de Gif-sur-Yvette, création et aménagement d’IMAGIF, ~2500 m2, plateforme pour la Chimie et la Biologie regroupant l’instrumentation la plus en pointe dans ces disciplines et ouverte sur l’extérieur public/privé.
2006 : Redoutant la fin des brevets en 2011 pour l’avenir de l’ICSN, il a créé une fondation abritée à l’Académie des Sciences avec les excédents annuels de l’ICSN et placés jusqu’à la fin des redevances. Le capital fin 2011 était de 49,5 M€ date du démarrage du fonctionnement et on pouvait espérer dépasser 1,2 M€/an de soutien à la recherche. Tout se passa bien jusqu’en 2018, date à laquelle les nouveaux secrétaires perpétuels qui gèrent l’Académie, décidèrent de se servir de la fondation pour payer une partie des frais auxquels ils avaient à faire face ce qui a représenté plus de la moitié des revenus annuels de la Fondation. Ce n’est pas conforme aux objectifs mentionnés dans la convention d’hébergement et perdure malgré les remarques de la Cour des Comptes.
Il est Chevalier de la Légion d’honneur (1997), Officier de l’Ordre du Mérite et de l’Ordre des Palmes Académiques.
Ancien Auditeur de l’IHEDN (1987)
Médaille d’argent du CNRS en 1984
Médailles Berthelot, Victor Grignard, Maison de la Chimie.
Il a été : Chargé par la Banque Mondiale d’une mission à Pekin et Shangaï pour évaluer ses investissements pour l’enseignement et la recherche. (1985) reçus par la Chine depuis son entrée à l’ONU. Editeur du Bulletin de la Société Chimique de France puis de Eur.JOC 1996-2001 Professeur invité à l’EPFL de Lausanne 1994 II a participer à deux mandatures du Comité National du CNRS Il participe au premier Conseil scientifique de l’INRA Consultant chez Rhone-Poulenc, Aventis et Loréal Expert auprès du tribunal pénal de Paris : affaire du Médiator Participation à la création de la start-up Anaconda : mise au moins d’inhibiteurs de papilloma virus VI et XIII
Plus de 60 thésards
Plus de 300 publications à comités de lecture
Dernière mise à jour de la page : 26 janvier 2026